Peut-on avoir deux entreprises dans le même local ?

Une équipe diversifiée travaillant ensemble dans un espace de coworking moderne et coloré.

✓ Les infos à retenir

  • Deux entreprises peuvent légalement cohabiter dans le même local en France, à condition que chacune conserve une identité juridique distincte, un numéro SIRET propre et une comptabilité séparée.
  • L’article L123-10 du Code de commerce encadre la domiciliation et permet explicitement le partage d’adresse entre plusieurs sociétés sous un cadre formalisé.
  • Toute convention de partage de local doit être formalisée par écrit pour éviter les risques de requalification en société de fait et les redressements fiscaux de l’URSSAF.
  • Les solutions incluent la mise à disposition de local (contrat écrit), la domiciliation commerciale (15-80 €/mois), la sous-location partielle ou le coworking (50-200 €/mois).
  • Les frais de modification des statuts et de publication légale varient entre 150 et 300 euros selon les cas.

Est-ce légal d’avoir deux entreprises dans le même local ?

La réponse courte : oui, c’est tout à fait légal, à condition de respecter certaines règles. En France, aucun texte de loi n’interdit formellement à deux structures juridiques distinctes de partager la même adresse ou le même espace physique. Mais attention, « légal » ne veut pas dire « sans contraintes » !

Sommaire de l'article

L’article L123-10 du Code de commerce encadre notamment la domiciliation des entreprises. Il prévoit explicitement la possibilité pour plusieurs sociétés de partager une même adresse, sous réserve d’un cadre formalisé. Ce que la loi surveille de près, c’est surtout la transparence : chaque entité doit rester clairement identifiable, avec son propre numéro SIRET, ses propres comptes et sa propre identité juridique.

💡 À retenir : Deux entreprises peuvent légalement cohabiter dans le même local en France, à condition que chacune conserve une identité juridique distincte, un numéro SIRET propre et une comptabilité séparée. C’est le principe fondateur de la co-domiciliation.

Deux entreprises dans le même local : règles et solutions

Quels sont les cas les plus courants de partage de local entre entreprises ?

Il existe plusieurs situations dans lesquelles deux entreprises se retrouvent sous le même toit. Certaines sont planifiées, d’autres le sont un peu moins…

A LIRE AUSSI :  Puis-je quitter un emploi sans avoir signé de contrat CDD ?

L’entrepreneur qui gère plusieurs structures

C’est probablement le cas le plus fréquent. Un même dirigeant crée une SARL et une micro-entreprise en parallèle, par exemple pour séparer deux activités distinctes. Il utilise naturellement la même adresse professionnelle pour les deux. C’est parfaitement autorisé, à condition que les deux entités fonctionnent de manière autonome sur le plan comptable et administratif.

Deux associés ou partenaires commerciaux

Deux entrepreneurs indépendants décident de mutualiser leurs coûts en partageant un bureau ou un atelier. C’est une pratique courante, notamment chez les freelances, les consultants ou les artisans. Dans ce cas, il faudra formaliser l’accord par un contrat de mise à disposition ou une convention de partage de locaux.

Une société mère et sa filiale

Une holding et sa filiale opérationnelle peuvent très bien occuper le même local. Ce schéma est fréquent dans les groupes de petite taille. Ici encore, la rigueur administrative s’impose pour éviter toute confusion entre les deux entités aux yeux de l’administration fiscale.

Un couple d’entrepreneurs

Deux conjoints, chacun à la tête de sa propre structure, qui travaillent depuis le domicile familial ou un local commun. Ce cas est particulièrement surveillé par l’URSSAF, car il existe un risque de requalification en société de fait si les activités et les finances se mélangent trop.

Quelles règles faut-il absolument respecter ?

Partage de local : risques et points d'attention

Obtenir l’accord du propriétaire

Si le local est loué, l’accord du bailleur est indispensable avant d’y installer une seconde entreprise. Le bail commercial standard n’autorise généralement pas la sous-location sans accord exprès du propriétaire. Le négliger, c’est s’exposer à une résiliation du bail !

Vérifier le règlement de copropriété

Si le local se trouve dans un immeuble en copropriété, le règlement intérieur peut restreindre les activités professionnelles autorisées ou le nombre d’entités pouvant s’y installer. Une vérification préalable évite bien des surprises.

Maintenir des identités juridiques séparées

Chaque entreprise doit avoir son propre numéro SIRET, ses propres comptes bancaires, sa propre comptabilité et ses propres contrats. Toute confusion entre les deux structures peut entraîner une requalification fiscale ou une mise en cause de la responsabilité des dirigeants.

Respecter les normes de sécurité

Selon la nature des activités, certaines réglementations en matière d’hygiène, de sécurité incendie ou d’accessibilité peuvent s’appliquer différemment selon le nombre d’occupants ou d’activités exercées dans le local. Il vaut mieux s’en assurer en amont.

Quelles sont les solutions concrètes pour partager un local ?

Il existe plusieurs façons d’organiser la cohabitation de deux entreprises dans le même espace. Voici les options les plus courantes :

  • La convention de mise à disposition de local : un document contractuel entre les deux parties qui définit les conditions d’utilisation du local, la répartition des charges, les horaires d’occupation et les responsabilités de chacun.
  • La domiciliation commerciale : une entreprise peut domicilier son siège social à l’adresse d’une autre, via une société de domiciliation agréée ou directement auprès de l’occupant principal, avec un contrat de domiciliation en bonne et due forme.
  • La sous-location partielle : une entreprise loue une partie de ses locaux à une autre, avec l’accord du bailleur. Cela implique un avenant au bail et une répartition claire des surfaces et des charges.
  • Le coworking ou la pépinière d’entreprises : des structures dédiées qui hébergent plusieurs entreprises dans un cadre juridique déjà sécurisé, avec des services mutualisés (accueil, salles de réunion, connexion internet…).

Bonne pratique : Quelle que soit la solution retenue, tout accord de partage de local entre deux entreprises doit être formalisé par écrit. Un simple accord verbal ne suffit pas et peut créer des litiges coûteux en cas de conflit ou de contrôle fiscal.

Tableau comparatif des solutions de partage de local

Solution Coût Formalités Flexibilité Idéal pour
Convention de mise à disposition Faible Contrat écrit Haute Deux structures liées au même dirigeant
Domiciliation commerciale Faible à moyen Contrat + déclaration RCS Haute Siège social uniquement
Sous-location partielle Moyen Avenant au bail + accord bailleur Moyenne Deux entreprises indépendantes
Coworking / Pépinière Moyen à élevé Abonnement ou convention Très haute Startups, indépendants, jeunes entreprises
A LIRE AUSSI :  Que faire en cas de dépôt de bilan pendant un arrêt maladie ?

Quels risques si on ne respecte pas les règles ?

Le risque de requalification en société de fait

C’est le danger numéro un quand deux entreprises partagent un local sans séparation claire de leurs activités. Si l’administration fiscale ou un tribunal constate que les deux structures agissent comme une seule entité — finances mélangées, décisions communes, clients partagés sans facturation — elles peuvent être requalifiées en société de fait. Les conséquences ? Les associés deviennent personnellement responsables des dettes de la structure.

Le risque de contrôle URSSAF

L’URSSAF est particulièrement attentive aux situations où deux entreprises partagent un local sans contrat formalisé. Si des salariés ou des prestations sont mutualisés sans facturation inter-entreprises, cela peut être interprété comme du travail dissimulé. Un redressement URSSAF peut coûter très cher !

La résiliation du bail commercial

Si le bailleur découvre qu’une seconde entreprise occupe les lieux sans son accord, il peut légalement résilier le bail. Cette situation se produit plus souvent qu’on ne le croit, notamment lors de contrôles ou de litiges entre locataire et propriétaire.

La radiation du registre

En cas d’irrégularité constatée dans la domiciliation — par exemple, une adresse fictive ou une domiciliation non conforme à la réglementation — le greffe du tribunal de commerce peut prononcer la radiation de l’entreprise du Registre du Commerce et des Sociétés (RCS). Une situation à éviter absolument.

Le cas particulier des auto-entrepreneurs

Deux micro-entreprises à la même adresse

Deux auto-entrepreneurs peuvent tout à fait partager la même adresse professionnelle. Chacun dispose de son propre numéro SIRET et déclare son chiffre d’affaires de façon indépendante. C’est une situation très fréquente, notamment entre conjoints ou associés informels.

Une micro-entreprise et une société dans le même local

Ce cas est courant chez les entrepreneurs qui font évoluer leur structure. Une micro-entreprise et une SASU, par exemple, peuvent cohabiter à la même adresse. Mais là encore, la séparation comptable et administrative est non négociable. Les flux financiers entre les deux structures doivent faire l’objet de factures régulières.

Attention au bail commercial deux auto-entrepreneurs

Si les deux micro-entrepreneurs souhaitent être colocataires d’un bail commercial, il faut que le contrat de location mentionne explicitement les deux locataires. À défaut, seul celui dont le nom figure au bail est reconnu comme occupant légitime, ce qui peut poser problème en cas de litige.

Les démarches administratives à suivre

Étape 1 : Vérifier la compatibilité avec le bail et le règlement de copropriété

Avant toute chose, il faut relire attentivement le bail en cours et, si nécessaire, demander un avenant au propriétaire pour autoriser formellement la présence d’une seconde entreprise dans les locaux.

Étape 2 : Rédiger un contrat de co-domiciliation ou une convention de partage

Ce document doit préciser la durée du partage, la répartition des charges (loyer, électricité, internet, entretien), les droits d’accès de chaque partie et les modalités de résiliation. Il est fortement recommandé de faire relire ce contrat par un avocat ou un expert-comptable.

Étape 3 : Déclarer la nouvelle adresse ou la domiciliation au RCS

Si l’une des deux entreprises change d’adresse pour s’installer dans le local partagé, elle doit effectuer une modification de son immatriculation auprès du greffe du tribunal de commerce. Cette démarche peut se faire en ligne via le guichet unique des formalités des entreprises sur le site de l’INPI.

A LIRE AUSSI :  Qu'est-ce qu'un bon de commande et comment le définir ?

Étape 4 : Mettre à jour les statuts si nécessaire

Pour les sociétés (SARL, SAS, etc.), tout changement d’adresse de siège social implique une modification des statuts, une publication dans un journal d’annonces légales et un dépôt au greffe. Des frais sont à prévoir, généralement entre 150 et 300 euros selon les cas.

Comment éviter les erreurs les plus fréquentes ?

Ne pas confondre domiciliation et occupation réelle

La domiciliation permet d’utiliser une adresse comme siège social sans nécessairement y exercer son activité au quotidien. L’occupation réelle, elle, implique une présence physique dans les locaux. Ces deux notions ont des implications juridiques et fiscales différentes. Il ne faut pas les mélanger !

Ne pas négliger la confidentialité

Partager un local, c’est aussi potentiellement partager des informations sensibles : discussions téléphoniques, documents visibles, noms de clients… Si les deux entreprises évoluent dans des secteurs concurrents ou traitent des données personnelles soumises au RGPD, des précautions supplémentaires s’imposent. La mairie peut aussi avoir des restrictions concernant les types d’activités exercées dans certains quartiers ou zones.

Ne pas oublier de facturer les services rendus

Si l’une des deux entreprises met à disposition du matériel, des ressources humaines ou des services à l’autre, ces échanges doivent faire l’objet de factures. Un simple arrangement verbal entre les deux dirigeants peut être requalifié en avantage en nature ou en dissimulation d’activité.

Quelles sont les bonnes pratiques pour une cohabitation réussie ? 🏢

Mettre en place une charte de cohabitation

Au-delà du contrat juridique, rédiger une charte informelle de cohabitation peut être très utile. Elle précise les règles du quotidien : utilisation des espaces communs, gestion des visiteurs, horaires, niveaux sonores… C’est souvent ce qui fait la différence entre une cohabitation sereine et une source de conflits permanents.

Ouvrir des comptes bancaires séparés

C’est la base ! Chaque entreprise doit avoir son propre compte bancaire professionnel. Toutes les transactions doivent transiter par le compte de l’entité concernée. Un seul compte pour deux entreprises, c’est la garantie d’un redressement fiscal à court terme.

Faire appel à un expert-comptable

Partager un local entre deux entreprises soulève des questions comptables et fiscales qui méritent l’avis d’un professionnel. La caractérisation d’une entreprise est d’ailleurs un élément clé pour les autorités fiscales. Un expert-comptable pourra notamment conseiller sur la bonne façon de répartir les charges communes et de les déduire dans chaque comptabilité de façon optimale. 👍

Cohabitation d'entreprises : règles et astuces pratiques

FAQ : les questions les plus posées sur le partage de local entre entreprises

Peut-on avoir deux SIRET à la même adresse ?

Oui, absolument. Plusieurs numéros SIRET peuvent être enregistrés à une même adresse. C’est même très courant dans le cas de la domiciliation multiple. L’INSEE et le greffe du tribunal de commerce n’y voient aucun obstacle, du moment que chaque entité est correctement identifiée.

Peut-on partager un local dans un appartement ou une maison ?

Oui, sous conditions. Il faut que le bail d’habitation ou le règlement de copropriété autorise l’exercice d’une activité professionnelle. De plus, dans certaines communes, une autorisation de changement d’usage partiel peut être requise. Mieux vaut se renseigner auprès de la mairie avant de se lancer.

Faut-il un contrat même si les deux entreprises appartiennent au même dirigeant ?

Oui, toujours. Même si c’est vous qui dirigez les deux structures, un contrat écrit protège chacune des entités en cas de contrôle fiscal ou de litige avec un tiers. L’administration fiscale ne tient pas compte des arrangements informels entre structures liées.

Quel est le coût d’une domiciliation commerciale ?

Les prix varient selon les prestataires et les villes, mais une domiciliation commerciale coûte généralement entre 15 et 80 euros par mois. Les pépinières d’entreprises proposent des tarifs subventionnés, parfois inférieurs à 50 euros mensuels, avec des services associés.

Que risque-t-on en cas de domiciliation irrégulière ?

Les sanctions peuvent être lourdes : amende administrative, radiation du RCS, redressement fiscal, voire dissolution judiciaire de la société dans les cas les plus graves. Ce n’est vraiment pas une prise de risque qui vaut le coup !

Peut-on partager un local avec une entreprise étrangère sans créer de filiale en France ?

Oui, une entreprise étrangère peut partager un local avec une structure française sans créer de filiale, via un contrat de domiciliation ou une convention de mise à disposition. Elle doit obtenir un numéro SIRET français et déclarer son activité au RCS si elle exerce en France. Les frais de domiciliation varient entre 20 et 100 €/mois selon les prestataires.

Quelle est la différence entre une domiciliation commerciale et une pépinière d’entreprises ?

Une domiciliation commerciale offre une adresse postale et des services basiques (réexpédition de courrier) pour 15 à 80 €/mois. Une pépinière d’entreprises propose des locaux partagés, un accompagnement et des services mutualisés (accueil, salles de réunion) pour 50 à 200 €/mois. Les pépinières sont souvent subventionnées par les chambres de commerce ou les régions.

Comment déclarer un local partagé à l’URSSAF et aux impôts ?

Chaque entreprise doit déclarer son adresse au guichet unique INPI lors de l’immatriculation ou d’un changement. Pour l’URSSAF, la déclaration se fait via le formulaire P2-P4. Les charges locatives partagées doivent être justifiées par des factures et déclarées dans la comptabilité de chaque structure. Un contrôle fiscal peut exiger ces preuves.

Quels sont les frais cachés d’un partage de local entre entreprises ?

Les frais cachés incluent les frais de greffe (150 à 300 € pour modifier les statuts), les assurances complémentaires (responsabilité civile professionnelle), et les taxes foncières si le local est en copropriété. Une convention écrite peut aussi engendrer des frais juridiques (200 à 500 €).

Peut-on partager un local avec une association loi 1901 ?

Oui, une entreprise peut partager un local avec une association loi 1901, mais l’association doit respecter les règles de domiciliation (déclaration en préfecture) et ne pas exercer d’activité commerciale. Un contrat de mise à disposition est recommandé pour clarifier la répartition des charges. Les subventions publiques peuvent être impactées.

Partager l'article
Facebook
Twitter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *